Agis Brauns

La maison au numéro 122 de l’avenue Émile Max a été conçue en 1913 par l’architecte Agis Brauns.

Mais Agis Brauns est plus connu comme petite note de bas de page de l’histoire de la littérature belge que pour des raisons architecturales.

En effet, Agis Brauns est une des quatre personnes à qui l’écrivain Georges Eekhoud a dédié[1], en 1912, son œuvre Les Libertins d’Anvers.

Eekhoud (1854-1927) était un romancier et poète belge, également critique d’art et journaliste. Il a longtemps vécu à Schaerbeek et y est décédé. Il a beaucoup écrit sur les parias dans la société et se considérait lui-même comme un paria : élevé dans la bourgeoisie aisée, il l’avait rejetée et était attiré par des thèses socialistes et pacifiques, ce qui à son époque n’était souvent pas apprécié. Eekhoud est également connu comme un des premiers auteurs occidentaux à avoir écrit ouvertement et positivement sur l’homosexualité. Son roman Escal-Vigor, publié à Paris en 1899, l’a amené devant la Cour d’Assises à Bruges[2].

Il est possible que Brauns et Eekhoud se sont connu dans un établissement d’enseignement : Brauns était aussi professeur de dessin et, jusqu’à la fin de la Première Guerre Mondiale, Eekhoud a enseigné en plusieurs écoles des cours de littérature générale ou de l’histoire de littérature belge.  Ainsi, Georges Eekhoud a donné cours à l’Académie de Bruxelles, à l’École Normale pour instituteurs, à celle pour institutrices et aux communes de Schaerbeek et de Saint-Gilles. Il n’a pas encore été découvert à quelle école Brauns enseignait.

En tout cas, Brauns et sa femme Maria Martin étaient de bons amis de l’écrivain. Dans son Journal, conservé mais non édité, Eekhoud mentionne souvent le couple Brauns en rapport avec des rendez-vous, rencontres et autres amis. Une partie de la correspondance avec Brauns est conservée.

Brauns est né à Saint-Josse-ten-Noode le 12 juin 1887, fils aîné d’un tailleur de Sittard (Pays-Bas) venu s’installer à Bruxelles. Agis épouse Maria Martin en 1911 à Ixelles. Le couple déménage alors vers Berchem-Sainte-Agathe, qu’il quitte rapidement pour Dilbeek, où une fille naît.

Son œuvre d’architecture semble limité : on lui connaît encore une maison à Ganshoren, avenue Broustin (numéro 112) de 1916 et une à Londerzeel, de la même année.

De 1916 à 1923, Brauns a été membre de la Société Centrale d’Architecture de Belgique.

Cette même année 1923, Brauns semble arrêter l’architecture : le ménage déménage un peu plus loin, sur le territoire de Molenbeek-Saint-Jean, où Brauns s’inscrit comme propriétaire. Deux ans après, il re-mentionne pendant quelque temps le titre d’architecte mais il commence aussi une pension de famille qu’il abandonne encore deux ans plus tard[3]. Il ne revient à Bruxelles que juste avant la Deuxième Guerre Mondiale. Fin des années 40, il gagne sa vie, tout comme sa femme et sa fille, en tant que dessinateur-décorateur. Pour sa fille, en 1952-53, il dessine et signe comme architecte, des plans pour une maison à Dilbeek.

Après cette date, sa trace se perd actuellement[4].

Pierre Derosette & Pierre Dangles, 4 mai 2012



[1] AGIS BRAUNS, ARMAND EGGERMONT, ALPHONSE GOETHALS, GEORGES RENS

En toute ferveur

G. E.

 

[2] Un avocat bruxellois avait déposé plainte auprès du parquet de Bruxelles, mais l’affaire avait été classée. Toutefois, l’avocat possédait une villa à la côte et était lié au procureur du Roi, également catholique conservateur, de Bruges. Les livres ont été commandés à Heist et saisis. Eekhoud a du comparaître devant la cour d’Assises de Bruges pour infractions à la loi concernant les délits de presse.  Plusieurs amis littéraires l’ont défendu ; même des écrivains étrangers organisèrent des actions de soutien. Eekhoud a été acquitté.

[3] Soit l’année de décès de Georges Eekhoud.

[4] Les recherches continuent. La dernière adresse connue de Brauns, qui déménagea souvent pendant sa vie, se situe à Auderghem.

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