Charles Bomans

       Le portrait de Charles Bomans figure dans notre Galerie de Portraits d’architectes.

Une belle maison bourgeoise au numéro 37 de l’avenue de Roodebeek. A droite de la porte d’entrée : une signature élégante gravée dans la pierre bleue. Charles Bomans. Architecte.

De cet architecte, nous ne savions rien. Pas de traces dans l’histoire de l’architecture belge. Et pour cause : Bomans fait partie du bataillon des architectes ignorés du XXe siècle. Pourtant, ce sont plus ces travailleurs anonymes qui ont façonné l’image de Bruxelles que les constructeurs hyperconnus. Ces travailleurs anonymes ne fréquentaient pas les cénacles, ne s’auto-gratulaient pas dans des publications richement illustrées. Eux, par manque de relations, par manque de sens commercial, et surtout par manque de chance, n’ont pas toujours réussi à percer[1].

Parmi tous ces anonymes, beaucoup ont aussi souffert d’une ou même des deux guerres mondiales. Charles Bomans certainement, et en plus il a été poursuivi par la poisse.

Charles Bomans est né à Louvain, en 1893, dernier d’une famille déjà nombreuse. Attiré dès son jeune âge par le dessin, il commence des études d’architecture à Saint-Luc. En 1913, il obtient le premier prix d’excellence en art. Son envol professionnel est interrompu par la Première Guerre Mondiale, qu’il passe sur le front dans les services du Génie. Plusieurs de ses frères aînés ont été tués par les Allemands pendant la Grande Guerre.

Jeune marié, il s’installe comme architecte à Bruxelles. Dans la maison à Evere, qu’il construit pour sa famille vers 1925, le couple aura cinq enfants, dont deux mort-nés.

Le malheur semble le poursuivre : il propose à ses beaux-parents, propriétaires d’une importante entreprise de teinturerie, d’investir dans une rue à construire, mais ils préfèrent placer leur argent en bourse. Le crash boursier et financier de 1929 les ruine.

Il construit principalement à Evere et Schaerbeek. La maison de l’avenue de Roodebeek date de 1922.

A la fin des années 1930, la crise économique perdure et le travail pour beaucoup d’architectes se raréfie. En sus, le petit magasin de jouets que tient sa femme, périclite. Le couple décide de déménager dans le Hainaut, qui semble offrir plus de possibilités. Ils louent une maison à Montigny-le-Tilleul, faubourg de Charleroi. Puis, la Deuxième Guerre Mondiale éclate : l’on ne construit quasi plus.

Heureusement, après la Deuxième Guerre Mondiale, Bomans est chargé des dossiers de dommages de guerre du Hainaut, ce qui lui permet en 1947 de construire sa propre maison familiale à Montigny-le-Tilleul. Afin de réussir enfin à assurer l’avenir de sa famille, il travaille pendant plusieurs années sans arrêt, sept jours sur sept, dormant peu d’heures.

En 1953, une attaque cérébrale le laisse paralysé de la main droite : il ne sait plus dessiner.

Il s’éteint à Montigny-le-Tilleul en 1957.

Pierre Dangles, 24 juillet 2012

[1] et parfois, pour certains – ne nous leurrons pas – par manque de talent innovateur.

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