Charles Debroux

Qu’est-ce que le dessinateur ou l’architecte Charles Debroux est venu faire aux maisons sises aux numéros 86 et 88 de l’avenue de l’Opale ?

Une demande de permis de bâtir pour ces deux maisons est introduite le 30 juin 1914 à la commune par le menuisier-entrepreneur Georges Acarin père. Mais en août, les Allemands occupent Bruxelles. L’autorisation du permis n’est accordée que le 12 novembre ; pendant les quatre ans suivants, le chantier ne démarre pas. Comme partout ailleurs en Belgique, la Grande Guerre signifie l’arrêt de centaines de chantiers et de projets. Le 19 juillet 1919, le Collège de Bourgmestre et Échevins de Schaerbeek ne peut qu’annuler le permis pour cause d’inexécution des plans.

Les mêmes plans (!) sont introduits à la commune par l’entrepreneur-architecte Firmin Carlier[1] en janvier 1922, rien que pour la maison au 86. Sur les plans, tout ce qui a trait au 88 est rayé d’un gros crayon bleu. Et pour cause : le géomètre-architecte L. Vreugde avait le 2 octobre 1921 dessiné les plans pour ‘une maison à ériger avenue Opale 88’.

Pourtant, dans la pierre bleue du soubassement des deux façades est taillée la signature : Charles Debroux, architecte 1914. Celui-ci était-il dessinateur chez Carlier ? A-t-il terminé le travail initié par Carlier ? A-t-il aussi travaillé pour Vreugde ? Mais pourquoi mettre la date 1914 ? Debroux était-il dessinateur chez Acarin ? Ou agissait-il comme contremaître sur les deux chantiers et a-t-il vu une occasion de faire sa pub ? Simple erreur du tailleur de pierre ? Ou véritable usurpation ? En tous cas, rien dans les deux dossiers au service urbanisme ne renvoie vers Debroux !

L’on sait d’ailleurs peu de chose sur Charles Debroux. Il est né à Saint-Josse ten Noode en 1881. Il a vécu quasi toute sa vie rue De Bruyne[2] dans sa commune natale, déménageant en 1936 vers la rue Véronèse pour aboutir en 1939 près du quartier d’Opale, au numéro 96 de l’avenue du Diamant. C’est ici à Schaerbeek qu’il meurt le 25 octobre 1941. Il avait 59 ans.

Il pourrait avoir été parmi les quelques 200 architectes, qui après la Première Guerre Mondiale, ont œuvré à la reconstruction des régions dévastées puisque l’on connaît de lui une maison à Ypres, rue de Lille 15, de 1922.

En 1927, il transforma une maison à la rue de l’Enclume à Saint-Josse.

Actuellement, c’est tout ce que l’on sait de ses réalisations.

Charles Debroux a été inhumé au cimetière de Saint-Josse. Sur la pierre bleue de la tombe, maintenant disparue, était gravée Charles Debroux 1881-1941 Epoux de Constance De Kempeneer. L’on peut difficilement imaginer que cette inscription fût une usurpation.

Pierre Dangles, 12 décembre 2013


[1] Les plans sont sursignés F. Carlier, entrepreneur-architecte. En fait, Firmin Carlier était recensé comme menuisier-entrepreneur. L’on peut supposer qu’il a repris une partie des activités de Georges Acarin père après la Première Guerre Mondiale.
[2] La rue De Bruyne se situe à moins de 100 mètres de la première adresse saint-josse-ten-nodoise de Georges Acarin père. Se connaissaient-ils ? L’hypothèse, toutefois très peu étayée, d’un emploi de dessinateur chez Acarin pourrait aussi impliquer que Debroux connaissait Carlier (voir la note ci-dessus).

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