Fernand Stiernet

       Le portrait de Fernand Stiernet figure dans notre Galerie de Portraits d’architectes.

Fernand Stiernet est né à Saint-Gilles le 10 juin 1885, d’une famille originaire de Glabais, dans le Brabant wallon.

Encore étudiant, il s’engage à l’armée belge en février 1902 pour une période de huit ans. Pendant son temps sous les armes, il semble se trouver une attirance pour l’architecture et l’assurance. Il développe ses connaissances en passant par l’École d’application et de perfectionnement pour l’infanterie. Il obtient un congé illimité en 1909 et quitte le service actif avec le grade de sous-lieutenant de réserve.

Les premières constructions signées F. Stiernet se trouvent à Etterbeek et sont millésimées 1908 : trois maisons voisines dans la rue de Chambéry. L’année suivante il réalise, au numéro 20 de la rue de Gerlache, une maison avec atelier pour l’artiste-peintre Jules Versichel et, en 1910, il termine une maison rue Général Capiaumont (numéro 89) et y entame deux maisons jumelées (numéros 34 et 36), datées 1911 dans la façade.  Toutes ces maisons se situent à Etterbeek, non loin des casernes.

Entre-temps il commence à signer plusieurs maisons à Forest : avenue Oscar Van Goidtsnoven (entre 1909 et 1914, une douzaine recensée), rue Everard (1911 et 1912), avenue Alexandre Bertrand (1912) et avenue des Armures (1914), toutes des artères donnant sur la place Altitude-Cent. N’apparaissant toujours pas dans les registres à l’époque comme architecte, mais comme employé ou agent d’assurance, il est probable qu’il est engagé par la Société Anonyme des Villas de Forest. Cette société est une création du banquier Alexandre Bertrand (1846-1920), propriétaire des terrains autour de l’Altitude 100. Par cette société fondée avec son frère, son fils et son gendre, Bertrand a voulu lotir son vaste domaine en créant plusieurs rues autour d’une place où une église serait érigée. Ce sont ces rues-là dans lesquelles l’on retrouve des maisons signées F. Stiernet. Il est possible que l’employeur de Stiernet l’autorise à apposer sa signature sur les façades des maisons dessinées par lui.

Comme pour tant d’architectes de sa génération, la Première Guerre Mondiale rompt radicalement une carrière professionnelle qui s’annonçait fort prometteuse[1]. Officier de réserve, Fernand Stiernet réintègre l’armée[2] dès le début du conflit. Après trois mois au front belge, qui doit se replier continuellement vers le nord et vers l’ouest du pays par l’avancée infaillible de l’armée allemande, Stiernet et ses hommes se trouvent, le 10 octobre 1914, à Koewacht, hameau partagé entre deux communes belges en une commune hollandaise. Passés quelques mètres au-delà de la frontière belgo-hollandaise, ils sont le même jour encore internés. C’est le terme pour le sort réservé par les Pays-Bas, suite à des conventions internationales, à tout militaire belge ou allemand trouvé sur le territoire de ce pays neutre pendant la Grande Guerre. Comme des milliers d’autres[3], Stiernet passe quatre ans confiné dans le camp pour soldats belges à Amersfoort, près d’Utrecht. Il ne sera rapatrié que le 23 décembre 1918. Son service actif à l’armée se termine en octobre 1919, mais il ne sera mis en congé qu’à la date du 15 février 1922, avec le grade de capitaine-commandant.

Comme architecte, Fernand Stiernet doit recommencer à zéro, à un moment où beaucoup de travaux de reconstruction ou d’études de dommages de guerre, auxquels beaucoup de ses confrères ont été obligés de se consacrer, sont déjà distribués. Il s’installe quelques mois à Schaerbeek, puis, dès 1925, à Koekelberg, à l’avenue de la Liberté. Il commence à travailler beaucoup comme expert pour la société d’assurance Royale Belge.

Il continue toutefois à construire et reçoit encore de prestigieuses commandes. Ainsi, en 1929, pour compte de l’homme d’affaires Jean Buzon[4], il réalise dans le quartier d’Opale l’imposante villa avec dépendances à la place de Jamblinne de Meux n° 3-5. La partie sculpturale de la façade est réalisée par le sculpteur-décorateur Paul Colleye[5].

Comme son travail d’expert-conseil pour les prêts hypothécaires de la Royale Belge prend de plus en plus d’ampleur – il parcourt tout le pays – il cède petit à petit ses activités de construction à son chef d’atelier, l’architecte Armand Becht[6].

En 1949, il va vivre à Wemmel, mais infatigable, continue de travailler pour la Royale Belge, jusqu’à ses 85 ans. Il s’éteint à Wemmel le 3 octobre 1976.

Pierre Dangles, mars 2012, révision avril 2012



 [1] L’on connaît encore de lui deux maisons à Uccle (1911) et une à Woluwe (1911). Actuellement, une trentaine de maisons réalisées par Stiernet avant la Grande Guerre sont recensées, ce qui est considérable pour une période de six ans, pendant laquelle, certainement entre 1908 et 1910, Stiernet semble avoir cumulé les activités d’architecte et d’agent d’assurance avec sa carrière militaire.
[2] Il est nommé lieutenant de réserve au 3e Chasseurs à pied de forteresse.
[3] Les historiens avancent le chiffre d’environ 32.000 soldats belges internés dans des camps aux Pays-Bas pendant la Première Guerre Mondiale.
[4] Mon collègue de rubriques sur ce site, l’historien Pierre Blanche, prépare un article sur Jean Buzon pour la partie Habitants célèbres du quartier.
[5] Mon collègue de rubriques sur ce site, Pierre de Thaille, me signale qu’il effectue des recherches en vue d’un article sur Paul Colleye pour la partie Sculpteurs du quartier.
[6] L’architecte géomètre-expert immobilier Armand Becht a été actif à Bruxelles de la fin des années 1920 aux années 1960. Outre son travail chez Stiernet, Il avait son bureau personnel à Auderghem, d’abord chaussée de Wavre 1411, puis 1540, et finalement avenue du Chant d’Oiseau 181.

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