Henri Jacobs

Les architectes des années 1860 et 1870 sont souvent des fils d’architectes ou ingénieurs, d’entrepreneurs, menuisiers, ébénistes, décorateurs, sculpteurs, peintres ou d’autres professionnels de la construction, ou proches des arts, parfois fils de cordonniers, tailleurs ou autres commerçants. Rarement de fonctionnaires. Henri Jacobs est l’oiseau rare. Il est né à Saint-Josse-ten-Noode le 3 décembre 1864, fils de l’inspecteur principal de l’enseignement primaire de Bruxelles. Et cette influence s’avéra grande : Henri devint le plus grand bâtisseur d’écoles de la région bruxelloise.

Toutefois, il démarra sa carrière en construisant des habitations d’ouvriers. Il avait à peine transféré son bureau, démarré en 1888 au numéro 35 de la rue de Bériot dans sa commune natale, vers Schaerbeek qu’il gagna, en 1891, le concours du Bureau de Bienfaisance de la commune de Laeken pour la construction de seize habitations ouvrières. Il ne verra leur inauguration qu’en 1901. Entre-temps il était devenu le lauréat du concours (1899) d’habitations ouvrières bon marché du Ministère de l’Industrie et du Travail et du concours (1899) de maisons ouvrières du Foyer Schaerbeekois. Pour cette dernière institution paracommunale il conçut plusieurs habitations ouvrières. Comme de coutume à l’époque pour les architectes de cités sociales, il en fut remercié par une rue à son nom.

Si dans cette série de bâtiments la sensibilité de Jacobs pour l’Art nouveau se remarque déjà amplement, son originalité dans ce style, auquel il resta fidèle très longtemps, se manifeste surtout dans les nombreuses écoles qu’il construisit. Sa réputation dans ce domaine était inégalable : il a bâti des écoles à Bruxelles, Laeken, Forest, Schaerbeek, Uccle, Haeren, Tourneppe, Hal, Campenhout, Jette, Steenhuffel, Bost (près de Tirlemont), etc. Certaines font partie des plus beaux bâtiments Art nouveau de Belgique, comme le complexe scolaire Josaphat-Ruche et le complexe scolaire de l’avenue de Roodebeek dans notre quartier. Tout comme sa maison personnelle qu’il érigea en 1899 au numéro 9 de la rue Royale Sainte-Marie, devenue après 1914-18 l’avenue Maréchal Foch, constitue un joyau de l’Art nouveau.

D’aspect, Henri Jacobs ressemblait à un gentleman et il l’était aussi. Plein d’ardeur au travail, il savait aussi prendre le temps de se relaxer. Il partait alors avec son épouse à Montreux en Suisse, où il louait un appartement pour quelques semaines. Pour la bonne chère, il avait autant de prédilection que pour la construction harmonieuse : c’était un fin bec. Jacobs remporta aux concours schaerbeekois de façades de nombreuses récompenses, notamment pour quelques maisons à la place des Bienfaiteurs. L’imposant monument homonyme sur cette place est également de sa main, en collaboration avec son ami, le sculpteur Godefroid De Vreese. Leurs habitations étaient d’ailleurs très proches : pendant la guerre 14-18, ils déjouaient le couvre-feu en passant par les jardins à l’aide d’une échelle afin de passer les soirées ensemble[1].

A partir de 1918 son fils Henri (1896-1964) collabora avec lui: ensemble ils ont créé plusieurs habitations, la transformation de l’école de la rue Claessens à Laeken et l’athénée de Koekelberg, un projet qu’ Henri junior a dû continuer seul après le décès de son père à Schaerbeek le 29 novembre 1935. Mais il avait été à bonne école: le fils, tout comme le père, a construit de nombreuses écoles et habitations sociales. Toutefois, l’Art nouveau avait été enterré définitivement avec Henri senior.

Pierre Dangles


[1] Selon un entretien avec la veuve Henri Jacobs Junior en 1985

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