Henri Van Dievoet

Le portrait d’Henri Van Dievoet figure dans notre Galerie de Portraits d’architectes.

Henri Van Dievoet est né à Bruxelles le 19 janvier 1869. Il a dix ans quand meurt son grand-oncle, Joseph Poelaert, l’architecte de la Colonne de Congrès, de l’église de Laeken, du Palais de Justice de Bruxelles.

Cette affiliation a-t-elle été déterminante pour la vocation du jeune Henri ?

En tout cas, il entame des études d’architecture à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, qu’il suit avec brio puisqu’en 1893 il remporte le Grand Concours Triennal de la Ville de Bruxelles[1].

Ces premières œuvres, alors qu’il est encore aux études, semblent avoir été pour la famille Rodberg : il réalise, en un style Art nouveau très précoce, la tombe de Léon Rodberg (1832-1888) au cimetière de Robermont (Liège) et à Ixelles, rues Washington 28 et 30 [2], la maison et l’atelier pour son fils l’artiste-peintre Félix Rodberg[3].

Il devient un des collaborateurs de son professeur à l’Académie Ernest Acker (1852-1912), dont il sera proche, puisque Acker accepte d’être témoin à son mariage en 1898.

Van Dievoet s’affirme de façon originale en style art nouveau, comme visible encore maintenant dans la ‘‘maison verte’’ qu’il érige en 1900 au 36 du boulevard Général Jacques.

Mais les commandes officielles ou semi-officielles impliquent beaucoup d’architecture éclectique : l’agrandissement de la Caisse d’Épargne et de Retraite (1901-1904), la Ferme des Boues (1901-1904), l’Arsenal du Charroi (1904-1904), la Caserne pour le Régiment du Train (1905) ; une partie de l’École Royale Militaire, pour Henri Maquet (1908)et les bâtiments de la Banque Nationale à Hasselt.

Il est toutefois le plus connu pour l’érection de l’Hôtel Astoria[4], en 1909, considéré comme son chef d’œuvre.

Van Dievoet maîtrise bien toute la diversité de l’art de construire : les cimetières de Bruxelles hébergent plusieurs de ses monuments funéraires et il créa aussi des d’immeubles à appartements, pour la Société des Habitations à Bon Marché de Bruxelles, à la rue Armand Campenhout[5] à Ixelles et à l’Allée Verte à Laeken.

Initialement directeur de l’Académie de Ninove, Van Dievoet devient professeur d’architecture à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles en 1910. De 1924 jusqu’à son décès, il enseigne l’architecture et la perspective à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Gilles.

Plus tard, Van Dievoet évolue vers le style Beaux-Arts comme en témoigne la maison qu’il construit en 1913 au numéro 75 de l’avenue Eugène Plasky pour le rentier Léon Verbeeck. C’est apparemment la seule réalisation de Van Dievoet dans le quartier d’Opale.

A la fin de sa vie, Van Dievoet est encore capable d’intégrer l’évolution vers le style Art Déco, comme en témoigne une tombe au cimetière de Saint-Gilles.

Henri Van Dievoet meurt à Bruxelles le 24 avril 1931. Sa tombe, simple comme il l’avait voulue, se trouve au Cimetière de Bruxelles à Evere.

Son fils Paul Van Dievoet (1896[6]-1947) a été pendant de nombreuses années l’architecte de la commune de Schaerbeek.

Henri avait aussi une fille, Germaine Van Dievoet (1899-1990), qui a été, pendant quatre années successives, championne de Belgique de natation et qui a été, avec neuf collègues, la première femme belge à participer à des Jeux Olympiques, ceux de 1920 à Anvers.

Henri Van Dievoet a aussi beaucoup aidé son frère Gabriel Van Dievoet (1875-1934), le célèbre artiste sgraffiste, qui était ruiné, comme tant d’artistes participants et non assurés, par l’incendie de l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1910.

Pierre Dangles, 18 décembre 2012, révision 10 septembre 2014



[1] Ce concours était réservé aux élèves et ex-élèves belges de l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, âgés de moins de trente ans et ayant obtenu une distinction dans les cours supérieurs. Ce prix était prestigieux. Victor Horta l’avait obtenu en 1887. Plus tard, d’autres architectes ayant construit dans le quartier d’Opale l’ont remporté : Albert Demesmaeker (1926) et Charles Malcause (1932).
[2] Tout près, au numéro, 36 fut construite en 1905 la maison avec atelier pour le sculpteur Charles Samuel (1862-1938), une réalisation de l’architecte Ernest Van Humbeeck (1839-1907).  Après la mort de Samuel, l’atelier fut utilisé par le sculpteur Alfred Courtens (1889-1967), frère de l’architecte Antoine Courtens (1899-1969). Or, Antoine Courtens a longtemps collaboré avec Robert Michiels, autre architecte ayant construit dans le quartier d’Opale et à qui sera prochainement consacrée une notice biographique.
[3] Félix Rodberg n’y resta que peu de temps. Il quitta les lieux probablement au décès de sa mère. Contrairement à ce que prétend l’Inventaire du Patrimoine architectural de la Région de Bruxelles-Capitale, l’atelier n’a jamais été utilisé par le peintre Louis Artan de Saint-Martin. Il est par contre vrai que l’artiste-peintre Hippolyte Wulffaert (de 1897 à 1912) et le sculpteur-médailleur Armand Bonnetain (de 1913 jusqu’aux années 1920) y ont travaillé.
[4] Rue Royale 103.
[5] Érigées en mai 1901, les cinq maisons furent démolies dans les années 1970.
[6] Pour mieux situer dans la ligne du temps, précisons qu’il est né la même année que Georges Acarin Junior et Henri Jacobs Junior.

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