Jean-Florian Collin

Si Jean-Florian Collin semble avoir mené plusieurs vies – créateur, homme d’affaires, homme politique – l’architecture, ou plutôt la construction, paraît en être le fil rouge.

Il est né le 28 août 1904, à la rue de l’Étuve, en plein centre de Bruxelles. Issu d’une famille modeste, il fait des études à l’École Royale Militaire de Bruxelles et à l’Ecole du génie civil d’Anvers.

En 1926 – il a 21 ans – il s’installe à son compte en s’appelant architecte-constructeur. Ses premières œuvres sont d’inspiration Art Déco[1], dont il s’éloigne rapidement pour embrasser le style paquebot.

En 1935, il crée la société Études et Réalisations Immobilières qui réalise quelques joyaux de l’architecture moderniste avant-guerre de Bruxelles. Devant le succès, il n’hésite pas à faire appel à des collaborations avec notamment Sta Jasinski (1901-1978)[2].

Les réalisations les plus connues de cette époque sont situées à Ixelles au rond-point de l’Etoile [Palais du Congo (1930), Résidence Ernestine (1939)] et à l’avenue Général De Gaulle [Résidence Belle Vue (1933) et Le Tonneau (1939-40)].

L’immeuble moderniste au 67-69 du boulevard Auguste Reyers date de 1937. Jean-Florian Collin le signe seul. Il prévoit deux appartements par étage ; il y a neuf étages, le dernier en retrait. Comme souvent chez Collin, des pilastres verticaux courent le long de la façade et la dépassent.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, Collin entre dans la Résistance et est actif dans le maquis en France. Après la Guerre, il est décoré de la Croix de Guerre française, de la médaille de la Résistance et d’autres signes honorifiques.

En 1948, il fait renaître sa société Études et Réalisations Immobilières, qui deviendra célèbre sous son abréviation Etrimo. Aidé par de nouvelles formules de prêt hypothécaire et par la croissance économique des années 1950, il change de stratégie en optant pour des immeubles à appartements bon marchés. Tout Belge connaît, parfois inconsciemment, ses constructions reconnaissables à leurs balcons bleu ciel et généralement construits sur le même modèle : de 10 à 13 étages sous forme de plusieurs colonnes accolées les unes aux autres de groupes de 4 appartements. Etrimo connaît dès lors une croissance exponentielle.

Etrimo construit partout : dans toutes les communes bruxelloises, il y a des ‘Etrimo’ mais aussi à Anvers, Liège et Luxembourg, pour un total de plus de 18 000 logements. Collin se lance à l’assaut du marché français : Grenoble, Antibes, Saint-Tropez. En 1952, il crée Etrimo-Congo.

Européen convaincu, il choisit souvent pour ses collaborations avec la sculpteuse Akarova (voir notice sur Georges Acarin père) des sujets ou des citations à connotation européenne. Ainsi en est-il pour la statue[3] pour l’écrivain engagé Charles Plisnier (1896-1952) au carrefour de l’avenue de l’Oiseau bleu et l’avenue des Géraniums à Woluwe-Saint-Pierre et pour la statue[4] de l’écrivain August Vermeylen (1872-1945), au carrefour de l’avenue des Frères Legrain et l’avenue des Camélias, également à Woluwe-Saint-Pierre[5].

Bien sûr, il entre en politique. Il devient sénateur du parti libéral de 1965 à 1971 et bourgmestre de Faulx-les-Tombes, petite ville dans la province de Namur. Il y sauvera le château (construit en 1872 par le grand Henri Beyaert[6] mais tombé en ruine après un incendie), tout en le massacrant, n’ayant pas le goût ou des envies pour la restauration.

En 1969, Collin est milliardaire : il sait vendre plus de deux mille appartements par an. Il est président de l’Union Européenne des Constructeurs de Logements et le plus grand constructeur en Europe.

Plus dure sera la chute. Après une période de surchauffe du marché immobilier, Etrimo est mise sous concordat judiciaire en 1970. L’affaire fait grand bruit. Plus de mille ménages s’étaient endettés pour l’achat d’un appartement sur plan. Tous seront dédommagés. Sans y être obligé, Collin vend la majorité de ses biens et se retire dans le sud de la France. Aucune charge n’est retenue contre lui et il conserve son mandat de sénateur jusqu’à expiration de celui-ci.

Jean-Florian Collin meurt à Plan-de-la-Tour, dans le département du Var (France), le 7 septembre 1985.

Pierre Dangles, 15 septembre 2012, première révision 4 décembre 2012.



[1] Comme en témoigne – ou plutôt témoignait, tant a été modifiée l’aspect originel –  l’immeuble monumental situé aux numéros 1-2 de la place Constantin Meunier à Forest, entre rue de la Mutualité et l’avenue Molière. Collin réalisa cet immeuble de 9 étages à 25 ans.
[2] Contrairement à ce qui est souvent mentionné dans la littérature, notamment concernant l’immeuble La Cascade à Ixelles, Collin n’a jamais collaboré avec l’architecte René Ajoux(1899-1953).
[3] Le monument mentionne le texte : Europe, mon premier et dernier asile. Et j’avais tenté de faire la terre dans mon cœur. Le monument a été offert à la commune par Etrimo.
[4] La phrase la plus connue de l’œuvre du néerlandophone Vermeylen est : Pour être quelqu’un, nous devons être Flamands. Nous voulons être Flamand pour devenir Européens. Outre cet extrait, Collin choisit aussi une autre phrase de Vermeylen, dont il semble convaincu : Mes amis, nous embellirons ce pays.
[5] Le quartier du Bemel, où se situent ces deux statues, avait fait l’objet de trois lotissements successifs, les deux premiers confiés aux architectes Demesmaeker & Bols ; le troisième à Collin, ce qui explique ces statues. Collin avait déjà collaboré avec Akarova pour cinq statues devant un immeuble conçu par lui, avenue de Tervueren 194A.
[6] Le portrait de l’architecte Henri Beyaert figurait sur les anciens billets de 100 francs.

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