Jérôme Vermeersch

Jérôme Vermeersch naît à Bruges le 7 avril 1884 comme cadet de trois sœurs et un frère, Emile, aîné de quatre ans, qui deviendra artiste-peintre et dont il sera toute sa vie durant fort proche.

De 1901 à 1905, Jérôme suit les cours d’architecture à l’Académie de Beaux-Arts de Bruges. Il est vraisemblable qu’il s’y lie déjà d’amitié avec René Doom.

Après avoir obtenu la troisième place au Prix de Rome pour la peinture en 1901, Emile Vermeersch est resté à Bruxelles. Jérôme le rejoint dans la capitale et s’établit rue du Brabant n° 244, où sa femme s’installe comme modiste. Doom arrive aussi à Bruxelles. Tous les deux deviennent stagiaires auprès d’Arthur Verhelle.

Vermeersch se fait remarquer par la construction de deux maisons, en 1911 et 1912, aux numéros 34 et 36 de la rue du Siphon à Laeken, dont la première avec atelier pour son frère Emile.

Lors du concours de façades de Schaerbeek pour l’année 1912-1913, Vermeersch obtient une mention honorable avec sa construction, avenue Eugène Demolder 90. C’est l’année où son ami René Doom obtient la médaille d’or, deux médailles de vermeil et une mention honorable pour quatre édifices différents, dont deux[1] dans le quartier d’Opale[2].

L’année suivante, au concours 1913-1914, Vermeersch est à nouveau récompensé pour une maison avenue Eugène Demolder, au numéro voisin 88. René Doom obtient deux médailles d’or[3] et une médaille de vermeil.

Le succès écrasant de Doom n’entache pas leur amitié. En septembre 1917, la ville natale de Doom, Roulers, est tellement ravagée par les bombardements et pillages, que l’évacuation de la population est décidée. L’ancien bourgmestre, réfugié à Bruxelles, demande à Verhelle, Vermeersch, Doom et le sculpteur Lagae[4] de se pencher sur des projets de reconstruction après-guerre de la ville. Les quatre s’attèlent immédiatement à ce plan urbanistique de reconstruction, qui sera adopté unanimement par le conseil communal de Roulers après la Première Guerre Mondiale et mis en œuvre dès 1919.

Doom et Vermeersch réalisent conjointement la première phase de la cité-jardin Batavia de Roulers, une des premières cités-jardins en Belgique. Ensuite, de 1919 à 1922, ils y collaborent aussi pour la reconstruction d’une cinquantaine de maisons. Vermeersch est aussi chargé, pendant plusieurs années[5], de différents travaux de rénovation et d’agrandissements du Séminaire de Roulers.

En 1926 il gagne le concours pour la réalisation d’un nouveau Palais de Justice à Hasselt[6]. Des conflits, principalement financiers, retardent toutefois la construction de l’édifice.

Vermeersch continue aussi à construire à Bruxelles, Etterbeek et surtout Schaerbeek. Au boulevard Auguste Reyers, le numéro 193 est une de ses réalisations datant de 1927. En 1928, il édifie l’imposant immeuble d’angle de l’avenue Paul Deschanel[7] avec le Parc Josaphat (avenue des Azalées).

La commune de Schaerbeek essaie de relancer après la Première Guerre Mondiale son réputé concours de façades : une seule édition voit encore le jour, en 1930-31. Vermeersch réussit l’exploit, 18 ans après sa première mention honorable de 1912-13, d’emporter le premier prix. C’est le bel immeuble à l’angle du square Vergote et de la rue Frédéric Pelletier (n° 111) qui lui vaut cet honneur.

Dans le quartier d’Opale, toujours au boulevard Auguste Reyers, il érige en 1932 au numéro 125 une maison pour un fabricant de briques.

Il déménage vers la rue Ernest Renan. Après quelques années à Paris, son frère Emile vient habiter la maison voisine.

En 1934 Vermeersch peut enfin construire le Palais de Justice d’Hasselt. Mais son projet doit être exécuté plus sobrement et la tour initialement prévue doit être remplacée par une flèche en forme de poire. Le résultat final est loué. Un critique dira : Vermeersch prit pour point de départ le style local, tout en cherchant à obtenir un effet général qui soit moderne. Pour l’intérieur, Vermeersch opte résolument pour un style Art Déco.

Vermeersch a encore moins de chance avec le Palais de Justice d’Ostende.  Un concours d’architecture national est organisé en 1935-36 pour son érection. De la dizaine de participants, Vermeersch sort vainqueur, ex aequo avec un trio de jeunes architectes locaux, à qui finalement le projet est confié.

A la côte belge, l’on connaît toutefois quelques villas réalisées par Vermeersch dans les années 1930, notamment à Knokke.

En 1936 il réalise à Ixelles, rue Félix Bovie 16b, la maison avec atelier du sculpteur Félix Van Cuyck.

Après la Seconde Guerre Mondiale, Vermeersch est souvent demandé par la meunerie et société de traitement de céréales NV Dijlemolens de Louvain. En 1946, entre Vaartkom, Ankerstraat, Zeilstraat et Engels Plein, Vermeersch y crée un imposant immeuble avec dépôts et silos.  En 1951-52 suit un agrandissement avec bureaux, habitations, magasins, nouvelle tour-silo. En 1952 il relie le bâtiment principal à une hardie installation de chargement et déchargement au quai[8].

Après la mort de son frère Emile en 1957, Jérôme quitte l’avenue Ernest Renan pour une maison dans l’avenue du Suffrage Universel, où il meurt le 9 mars 1963.

Pierre Dangles, 22 juillet 2012



[1] Avenue du Diamant 130 et 132.
[2] Outre Vermeersch et Doom, quatre autres architectes ayant construit dans le quartier d’Opale sont lauréats cette année-là : Adolphe Puissant, Raymond Moenaert, Henri Jacobs et Ernest Chaineux.
[3] Dont une pour sa maison personnelle, avenue du Diamant 143.
[4] Jules Lagae était également originaire de Roulers. Arthur Verhelle avait en 1896 réalisé la maison avec atelier de Lagae. Il l’avait agrandie en 1905.
[5] Encore en 1937 il construit des nouveaux locaux de classe et des dortoirs.
[6] Un autre architecte ayant construit dans le quartier d’Opale, Ernest Chaineux, a, en collaboration avec Alexis Dumont, obtenu le second prix à ce concours. La presse locale critiqua beaucoup le choix du jury et donna la préférence à un projet non retenu de Joseph Deré, qui fait  également l’objet d’une notice dans cette rubrique.
[7] Numéros 2 à 12
[8] Cette installation de manutention au quai, la tour et un magasin sont classés monuments par arrêtés ministériels en novembre 2002 et décembre 2003.

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